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Synthèse
des conférences et tables rondes |
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| INTRODUCTION |
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Après
avoir remercié les participants, Thierry ROBIN, Directeur
de NEGOCIA, a ouvert cette journée du marketing sensoriel.
Dans les années 1990, la stratégie de marketing
des entreprises était centrée sur la qualité
des produits, leur prix et les services offerts. Aujourd'hui,
la dimension sensorielle fait l'objet de toutes les attentions
de la part des entreprises les plus innovantes, notamment dans
le domaine des biens d'équipement, des cosmétiques
et de l'automobile. En effet, des études ont montré
que les sons, couleurs et les odeurs avaient un impact sur le
comportement des consommateurs.
Ainsi, le marketing sensoriel peut apparaître comme une
réponse possible au besoin vital des entreprises de se
différencier par rapport à leurs concurrents. Cette
journée permettra de comprendre les enjeux commerciaux
du marketing sensoriel dans la vente des produits et services,
et de connaître les limites financières, juridiques
ou techniques de cette démarche.
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| Conférence
introductive / L'évolution du comportement du consommateur |
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Catherine
LAIZE, Professeur de management humain à NEGOCIA
Chantal MAILLARD, Professeur de marketing à NEGOCIA
Catherine
LAIZE et Chantal MAILLARD ont expliqué que la civilisation
actuelle était une civilisation des flux - d'informations,
de marchandises, d'hommes - mais aussi une civilisation de l'intelligence,
le savoir constituant la principale ressource. Des déséquilibres
importants sont apparus : les problèmes environnementaux
s'aggravent et la fracture entre pays riches et pays émergents
ne cesse de se creuser. Le vieillissement de la population des
pays industrialisés et la précarisation des structures
familiales constituent d'autres facteurs de déséquilibre.
Dans
ce contexte, les consommateurs, méfiants et surinformés,
ont des exigences multiples et parfois paradoxales. Ils perçoivent
le temps comme un luxe et cherchent à optimiser leur capital
temps ; ils veulent " tout, tout de suite ". Ils recherchent
un espace multifonctionnel, mais aussi des repères face
à l'abolition des distances et des frontières, d'où
la montée en puissance des particularismes régionaux.
Deux tendances se développent en parallèle : l'accroissement
de la mobilité et de l'ouverture sur l'extérieur
et la montée de l'isolement et du repli.
Les
consommateurs sont en quête de bien-être, de plaisir,
de rêve, d'émotions et de sensations fortes. Ils
sont individualistes, hédonistes mais ont aussi un réel
besoin de solidarité, de sécurité et de lien
social. Ainsi, les segmentations marketing traditionnelles sont
remises en cause. Le marketing sensoriel saura-t-il répondre
aux attentes des consommateurs actuels ?
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| Le
sensoriel : nouveau territoire pour produits innovants |
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1ère
table ronde
Participaient
à la table ronde :
Olivier GENEVOIX, Directeur marketing Quinte&sens
Brieuc de LARRARD, Ingénieur conseil Eurosyn
Nicolas BOUCHE, Responsable analyse sensorielle Décathlon
Jacques MESSAGER, Directeur marketing Projet Exhalia, France Telecom
Recherche et Développement
Les tables rondes de la journée ont été animées
par Nathanaël BECKER, journaliste.
Olivier
GENEVOIX a expliqué que Quinte&sens était une
agence de communication ayant pour particularité d'aborder
les stratégies de marketing sous l'angle polysensoriel.
D'une manière générale, le marketing est
fondé avant tout sur un produit et une cible. Ainsi, le
marketing sensoriel doit obligatoirement s'inscrire dans le cadre
d'une stratégie de marketing globale, décidée
en amont.
L'idée
du marketing sensoriel est ancienne ; la vue et l'ouïe ont
toujours été sollicitées pour vendre. Depuis
quelques années, l'art du packaging a amené un vrai
travail sur le sens tactile, et la sollicitation du sens olfactif
commence également à se développer.
Brieuc
de LARRARD, ingénieur conseil chez Eurosyn, société
d'études spécialisée dans le domaine de l'évaluation
polysensorielle, a indiqué qu'à l'heure actuelle,
les stratégies de marketing sont davantage axées
sur le ressenti, les perceptions et le plaisir que sur les caractéristiques
fonctionnelles des produits. D'une manière générale,
l'objectif du marketing sensoriel est de différencier un
produit ; par exemple, pour les produits de luxe, les sons, les
sensations et les couleurs sont caractéristiques. De même,
en électroménager, les fabricants cherchent à
différencier leurs produits par le son des boutons et les
sensations tactiles de leurs appareils. Le marketing sensoriel
s'applique également à d'autres domaines, comme
la cosmétique, l'automobile, l'informatique et la téléphonie
; ces stratégies de marketing visent à donner des
gages de qualité et à créer une relation
intime entre le produit et le consommateur.
Pour mettre en uvre une stratégie pertinente, il
est nécessaire de connaître précisément
les sensations générées par les produits.
Des experts sont donc formés à reconnaître
des sensations, afin d'identifier aussi objectivement que possible
les caractéristiques sensorielles de chaque produit. On
obtient ainsi un " profil sensoriel " qui permet de
comparer les produits d'un point de vue sensoriel.
Ensuite,
des échantillons de consommateurs sont interrogés
; des modèles statistiques permettent d'établir
des corrélations entre les préférences des
consommateurs et les caractéristiques sensorielles des
produits. Grâce à une segmentation marketing classique,
des études déterminent alors les préférences
des consommateurs par sexe, par âge, par niveau de revenu,
etc. En effet, les préférences de chaque groupe
sont beaucoup plus significatives que les moyennes établies
par rapport à l'ensemble de la population ; elles permettent
d'élaborer des stratégies plus fines.
En
somme, ces études permettent aux entreprises de proposer
des produits qui répondent au mieux aux attentes des consommateurs.
Nicolas
BOUCHE a constaté que jusqu'à présent, les
approches concernant les produits sportifs étaient très
fonctionnelles : elles reposaient surtout sur les caractéristiques
techniques. Aujourd'hui, si la performance technologique est indispensable
pour ce type de produits, les consommateurs sont plus hédonistes
: ils attendent avant tout que le produit leur permette d'être
toujours dans une situation agréable. Ils n'achètent
pas un produit, une marque ou un logo, mais une sensation.
De plus, ils ont besoin de sensations immédiates. Tous
les sens sont impliqués dans leur découverte des
produits en magasin, puis dans leur utilisation de ces produits
: la vue, le toucher, et pour certains produits, l'odorat, voire
le goût, par exemple dans le cas d'un tuba. L'élaboration
des produits Décathlon - qui est distributeur mais aussi
fabricant d'équipements sportifs - tient désormais
compte de cet aspect sensoriel.
Il
convient de préciser que le marketing sensoriel n'a pas
pour objectif de tromper les consommateurs, mais de mettre en
valeur des qualités réelles des produits. Par exemple,
le design d'une chaussure de randonnée évoquera
des crampons, et sa surface ne sera pas glissante, afin de rassurer
les consommateurs. Mais lorsque les clients utiliseront ces chaussures,
la " valeur vécue " de ce produit devra être
conforme à sa " valeur perçue " en magasin.
En effet, la fidélisation des clients est un aspect essentiel
de la stratégie globale de Décathlon ; le marketing
sensoriel n'est donc pas utilisé comme un gadget vide de
sens.
D'une
manière générale, chaque individu a des sensations
différentes ; des produits standards ne peuvent pas s'adapter
à tous les consommateurs. Ainsi, Décathlon place
des groupes de consommateurs dans des situations pratiques d'utilisation
des produits. Ils sont alors interrogés sur leurs sensations,
notamment sur leurs sensations tactiles pour les chaussures et
les textiles. Les consommateurs sont donc acteurs de la création
des produits. Les études prennent en compte toutes les
étapes de la vie d'un produit, de la découverte
en magasin à l'utilisation concrète.
Jacques
MESSAGER a expliqué que le projet Exhalia avait pour objectif
de transmettre des odeurs par les réseaux de télécommunication,
afin de rendre plus vivants les échanges sur Internet,
et de recréer des émotions et une proximité.
Cette
expérience est menée grâce à un diffuseur
d'odeurs, qui est une boîte connectée à l'ordinateur.
A l'heure actuelle, cette boîte n'est pas commercialisée
pour le grand public, en raison de son coût encore trop
élevé. L'appareil ne fabrique pas les odeurs ; elles
proviennent de cartouches à insérer, qui permettent
d'obtenir une qualité professionnelle de restitution des
odeurs. Chaque cartouche générique est susceptible
de contenir une centaine d'odeurs, qui peuvent ensuite être
adaptées. Des entreprises peuvent également donner
des cartouches afin de faire découvrir leurs produits.
Des programmes déclenchant les odeurs sont insérés
dans les pages Internet. Des études montrent que les internautes
restent plus longtemps sur un site comportant des odeurs et ont
tendance à le parcourir entièrement : ils sont acteurs
du déclenchement de l'odeur et se sentent impliqués.
De plus, ils mémorisent davantage les messages qui sont
accompagnés d'une odeur.
Bien sûr, les odeurs doivent être utilisées
de façon pertinente par rapport au message que l'on cherche
à faire passer. D'une manière générale,
la diffusion d'odeurs par Internet peut avoir deux objectifs :
mettre en avant une entreprise et ses produits, ou apprendre à
des internautes à reconnaître des odeurs. Par exemple,
cette technologie présente un réel intérêt
pour les lycées hôteliers. Elle est également
utilisée sur le site de Cacharel, celui de la ville de
Grasse et celui des vins de Bourgogne.
Nathanaël BECKER a demandé quel était le temps
nécessaire pour développer des stratégies
de marketing sensoriel.
Nicolas
BOUCHE a répondu que la durée de l'étude
pouvait être plus ou moins longue, selon que l'entreprise
choisissait d'étudier précisément les caractéristiques
sensorielles des produits ou de créer de nouveaux produits
et de recueillir ensuite les préférences des consommateurs.
Brieuc de LARRARD a expliqué que dans les domaines de l'alimentation
ou de la cosmétique, de nouveaux produits pouvaient être
mis au point en quelques mois.
Sébastien
CROCHEMORE a demandé comment France Telecom comptait gérer
le problème de la rémanence des odeurs.
Jacques
MESSAGER a indiqué que le problème de la rémanence
était effectivement un problème majeur par rapport
à cette innovation technologique. A cet égard, il
convient de limiter à cinq ou six le nombre d'odeurs différentes
sur un site donné, afin de ne pas saturer le nez des internautes
; la conception des programmes permet d'empêcher que les
odeurs ne s'enchaînent trop rapidement. De plus, les scientifiques
travaillent pour que les molécules émises par le
diffuseur d'odeur soient gazeuses, donc volatiles.
La démarche sensorielle d'un constructeur automobile
Sébastien
CROCHEMORE, Ingénieur Laboratoire Analyse sensorielle Renault
Dans les années 1960 et 1970, les arguments de vente dans
le domaine de l'automobile étaient centrés sur les
notions de durabilité et de confort. Dans les années
1980, l'automobile a commencé à être considérée
comme une sorte de seconde maison ; les fabricants ont donc conçu
des voitures très riches en équipements.
A
partir de 1990, la dimension sensorielle s'est ajoutée
aux exigences de qualité, de confort et d'équipements,
non seulement pour l'automobile mais pour tous les types de produits.
La différenciation entre les produits est désormais
fondée sur les aspects sensoriels.
Avant d'acheter un véhicule, un consommateur l'appréhende
par les sens. L'attraction visuelle de l'extérieur et de
l'intérieur du véhicule joue un rôle essentiel.
De plus, le client touche le véhicule : il manipule la
poignée, les commandes, le volant. Enfin, le bruit du moteur
et de l'ouverture des portes et des fenêtres joue un rôle
important, non seulement avant l'achat, mais aussi lorsque le
client utilise la voiture dont il a fait l'acquisition.
La
dimension sensorielle est donc primordiale. La prise en compte
de tous ces aspects suppose une excellente communication à
l'intérieur de l'entreprise concernée, entre les
différents services qui seront impliqués dans la
conception et le développement de chaque nouveau modèle.
En effet, le marketing propose des idées, qui seront approfondies
par le design, puis concrétisées par le développement
technique, les concepteurs et enfin les industriels. D'une manière
générale, il convient de souligner que le marketing
sensoriel doit s'inscrire dans une stratégie globale de
l'entreprise.
Aujourd'hui, les constructeurs automobiles mettent l'accent non
seulement sur le confort sensoriel mais aussi sur le plaisir des
sens ; la tendance est au transfert dans l'automobile de certains
équipements existant dans l'habitat. Les automobiles de
demain seront de plus en plus confortables, à tous les
niveaux : ergonomique, visuel, acoustique, thermique, olfactif,
tactile, et en termes de confort global de conduite. La facilité
d'utilisation est également un aspect essentiel : la dimension
sensorielle sert notamment à faciliter l'usage de toutes
les commandes, qui doit être aussi intuitif que possible.
A cet égard, on parle de " simplexité "
: les technologies les plus complexes sont intégrées
au véhicule, mais l'interface est simple et l'utilisation
très facile.
Pour
connaître les attentes des consommateurs, Renault a recours
à différentes techniques, en particulier l'observation
et l'analyse des réactions des clients. Ainsi, les concepteurs
sont véritablement à l'écoute des clients.
Concernant les aspects visuels, des études ont été
réalisées sur la signification de chaque couleur.
Au
niveau du toucher, Renault développe un nouvel outil :
le Sensotact. Le principe de cet outil est la décomposition
en dix dimensions simples des sensations tactiles, qui sont extrêmement
complexes. L'approche est à la fois qualitative - par la
communication verbale - et quantitative - chacune des dimensions
de la perception est quantifiée. Cette démarche
permet de standardiser l'approche concernant le toucher, afin
de pouvoir communiquer sur les sensations tactiles. Un outil comparable,
le champ des odeurs, a été développé
pour communiquer sur les sensations olfactives ; cet outil est
également utilisé chez Renault.
Ainsi,
la description sensorielle de chaque élément du
véhicule - le volant, le levier de vitesses, etc - peut
être croisée avec des enquêtes sur les préférences
des consommateurs. Le Sensotact et le champ des odeurs permettent
d'interpréter aussi objectivement que possible les préférences
des consommateurs.
Un participant a demandé quel était le coût
du Sensotact.
Sébastien
CROCHEMORE a précisé que cet outil, commercialisé
par Quinte&sens, était actuellement vendu 630 euros.
Une
participante a souligné que l'extrême simplicité
du tableau de bord et des commandes des véhicules pouvait
faire peur à un certain nombre de consommateurs.
Sébastien
CROCHEMORE a admis qu'il était nécessaire de trouver
un juste milieu dans ce domaine, et qu'il faudrait peut-être
montrer davantage la mécanique dans certains modèles.
Une participante a demandé si le marketing sensoriel dans
l'automobile ne risquait pas d'avoir un impact négatif
sur la sécurité : le conducteur, se trouvant dans
une situation de bien-être, pourrait se montrer moins prudent.
Sébastien
CROCHEMORE a considéré qu'il s'agissait effectivement
d'une limite : le conducteur ne doit pas être placé
dans une situation trop passive. Parallèlement, les sens
peuvent aussi servir à avertir le conducteur d'un danger
ou à lui communiquer des informations sur l'état
de la route.
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| Contraintes
et limites du marketing sensoriel |
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2ème
table ronde
Participaient
à la table ronde :
Jean-Jacques LE PEN, Cabinet Selafa, Le Pen Le Goff&Associés
Jean-Noël JAUBERT, Responsable Scientifique de IAP-SENTIC,
concepteur du champ des odeurs
Laurent KERAVEC, Ingénieur Développement 3M France
Laurent
KERAVEC a expliqué qu'en juillet 2001, il avait eu l'idée
de créer des post-it parfumés. Différentes
étapes ont été suivies, l'objectif étant
de parvenir à introduire une odeur dans un bloc de post-it
à un coût acceptable, c'est-à-dire quasiment
sans surcoût. Le projet a été développé
d'octobre 2001 à mai 2002 : il fallait choisir la cible,
l'odeur, la forme du post-it, sa couleur et son emballage.
Le produit a alors été testé par des échantillons
de consommateurs, ce qui a conduit les équipes de 3M à
réorienter leur cible en direction des adolescents et préadolescents.
Le lancement du produit a été réalisé
en septembre 2003.
Différentes
contraintes juridiques ont été rencontrées
lors de l'élaboration de la formule du parfum intégré
aux post-it : en effet, il existe des réglementations toxicologiques,
sur les allergènes et la protection de l'environnement.
Les équipes de 3M se sont également demandé
s'il était nécessaire de faire figurer un avertissement
sur l'emballage, dans la mesure où le produit était
destiné à des enfants. Il a finalement été
décidé d'intégrer un petit pictogramme "
ne pas avaler " sur l'emballage des post-it parfumés.
Enfin, l'élaboration du produit étant achevée,
il s'est avéré très difficile de le breveter.
La protection légale a donc été limitée
à la forme spécifique du produit.
Globalement,
les objectifs en termes de coûts ont été atteints.
Les ventes semblent pour l'instant encourageantes. La société
3M a aujourd'hui pour projet de développer ce produit à
plus grande échelle, sur d'autres marchés, avec
d'autres parfums et pour d'autres cibles.
Jean-Noël
JAUBERT a précisé que la société IAP-SENTIC
était spécialisée dans l'étude des
odeurs, et avait développé un référentiel,
le champ des odeurs, permettant de décomposer les odeurs
pour les analyser qualitativement et quantitativement. Cet outil,
construit sur le même principe que le Sensotact pour les
sensations tactiles, a de multiples applications dans les domaines
du marketing, de la parfumerie et de l'aromatique alimentaire.
Il s'agit, en quelque sorte, d'un langage ayant trait aux odeurs.
D'une manière générale, le domaine olfactif
est un espace de communication, de la même façon
que la vue et l'ouïe ; il est donc logique que le marketing
s'y intéresse. En réalité, les techniques
de vente s'appuient depuis longtemps sur l'odorat, même
si la notion d'odeur était relativement taboue jusqu'à
une époque récente.
La
communication olfactive est une communication que l'on peut qualifier
de directive, dans la mesure où un signal est imposé.
Certaines techniques de marketing tentent de faire assimiler aux
consommateurs une association précise entre une odeur et
un message. Cependant, il convient d'utiliser ces outils avec
prudence. En effet, les odeurs s'associent à des souvenirs
et à des émotions, qui sont différents pour
chaque personne et peuvent s'avérer fluctuants. Ainsi,
une odeur sera rapidement associée à l'ambiance
dans laquelle elle est perçue. Par exemple, une odeur,
même agréable, peut se teinter d'une connotation
péjorative si elle est associée à une atmosphère
de stress.
Une
odeur peut également lasser les consommateurs. Or si l'objectif
est de parvenir à une imprégnation et à une
mémorisation, il n'est pas pertinent de modifier l'odeur
trop souvent. Enfin, il existe des " mouvements anti-odeur
" : en Amérique du Nord, certains consommateurs refusent
tous les produits odorants, ce qui montre bien les limites de
l'utilisation des odeurs dans le domaine du marketing.
Par ailleurs, l'utilisation des odeurs peut avoir pour objectif
d'inciter les consommateurs à acheter un produit : par
exemple, une odeur de café est diffusée pour inciter
les clients à acheter du café. Ce type de démarche
se heurte à un autre obstacle : chacun a une perception
des odeurs qui lui est propre. En effet, notre système
de perception est relativement simple pour les autres sens ; en
revanche, pour les odeurs, chacun a environ mille types de capteurs,
qui se combinent de façon différente selon les personnes.
Ainsi, certains consommateurs risquent de ne pas reconnaître
l'odeur diffusée sur un point de vente, ou de la considérer
comme désagréable.
L'utilisation
de l'odorat dans le domaine du marketing est donc particulièrement
complexe, et doit être mise en uvre prudemment et
sans excès.
Jean-Jacques
LE PEN a indiqué que le Cabinet Selafa, Le Pen Le Goff&Associés
était spécialisé dans le droit de la concurrence
et de la consommation, en particulier dans le domaine de la protection
des fragrances et des arômes.
En
ce qui concerne les odeurs, une première série de
contraintes juridiques a trait à la protection des consommateurs
; en France, le marketing est très réglementé.
Par exemple, il est interdit de diffuser une odeur de pain chaud
pour vendre plus de pain : c'est considéré comme
une tromperie et un moyen déloyal de vendre un produit.
De même, dans la publicité, le produit vendu doit
être en adéquation avec l'odeur utilisée ;
les odeurs ne doivent pas induire les consommateurs en erreur
sur les qualités effectives des produits.
D'autres
réglementations, concernant la protection de la santé,
s'ajoutent à ces contraintes déontologiques : les
odeurs utilisées ne doivent pas provoquer d'allergies,
etc. Ainsi, la marge de manuvre est relativement faible
pour le marketing olfactif.
Par
ailleurs, les entreprises ayant mis au point un produit ou une
fragrance spécifique souhaitent que ceux-ci soient juridiquement
protégés, pour que leurs concurrents ne puissent
pas les imiter. Le système des brevets protège efficacement
les innovations, mais la procédure aboutissant au dépôt
d'un brevet est très longue et les conditions à
réunir sont extrêmement strictes. Quant aux marques
olfactives, elles ne sont pas admises à l'heure actuelle,
le dépôt d'une marque supposant obligatoirement une
représentation graphique.
Dans
des conditions, certaines entreprises utilisent le dispositif
des droits d'auteurs pour protéger des fragrances : en
effet, les droits d'auteur peuvent protéger toute uvre
de l'esprit, à condition qu'elle soit originale.
Enfin,
les entreprises ont la possibilité d'utiliser la notion
de parasitisme commercial, lorsque des concurrents imitent leurs
produits et se placent dans le sillage de leur notoriété.
A cet égard, il est souhaitable que les sociétés
innovantes développent les idées nouvelles et les
déclinent sous plusieurs formes : en effet, la notion de
parasitisme commercial est alors plus facile à mettre en
évidence.
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Le
marketing sensoriel sur le point de vente
Optimiser la sensorialité de son point de vente pour séduire
le consommateur |
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3ème
table ronde
Participaient à la table ronde :
Virginie MAILLE, Professeur de marketing au Ceram (Ecole Supérieure
de Commerce) de Nice
Aurélie DUCLOS, Responsable marketing sensoriel Moodmédia
Dominique POITREAU, Professeur en merchandising et techniques
de pose à NEGOCIA
Nicole RONDEL, Responsable Soins Institut Concept Communication
Yves Rocher
Dominique
POITREAU a expliqué qu'elle intervenait sur le merchandising,
c'est-à-dire la disposition des produits et les décors
dans les points de vente, dans une optique de développement
du chiffre d'affaires. Le merchandising doit être centré
sur le consommateur et ses attentes. La disposition des magasins
doit permettre aux clients de trouver facilement les produits
qu'ils sont venus acheter, mais aussi de les tenter pour qu'ils
achètent d'autres produits.
Le
sens le plus sollicité est la vue ; en particulier, les
couleurs permettent de mettre en valeur des produits ou d'apporter
des informations. Quant au son, il est pour l'instant moins utilisé
dans les techniques de merchandising. D'une manière générale,
il convient de faire preuve de prudence dans ce domaine, afin
de ne pas agresser les consommateurs.
Dominique
POITREAU a présenté un film réalisé
par les étudiants de NEGOCIA sur le marketing sensoriel
dans les points de vente.
Ce
film montre que de nombreux commerçants font appel aux
cinq sens pour susciter des réactions chez les consommateurs
et vendre davantage. La vue est utilisée, à travers
la présentation des vitrines et les jeux de lumière.
Certains restaurants réfléchissent à l'ambiance
musicale : si celle-ci est agréable, les clients se sentiront
mieux et resteront plus longtemps. Des commerçants savent
aussi que les clients achètent plus s'ils se trouvent dans
une situation de confort olfactif. Enfin, le toucher et le goût
sont utilisés : pour donner envie aux consommateurs d'acheter,
des commerçants leur mettent les produits dans les mains
ou les leur font goûter.
Virginie
MAILLE a expliqué qu'elle menait des recherches sur l'influence
des odeurs sur l'attention, la mémorisation, la perception
de produits et le comportement global des consommateurs.
Une première série d'études a comparé
des journées où un magasin était parfumé
avec une odeur agréable et des journées où
ce même magasin - toutes choses devant être égales
par ailleurs - n'était pas parfumé. Les résultats
ont été assez flagrants : l'odeur a bien un impact
sur la perception que les clients ont du magasin et le temps qu'ils
passent dans le magasin.
Cependant,
d'autres études ont montré que dans un magasin parfumé
avec une odeur pourtant reconnue comme agréable, les clients
se sentaient moins bien, donc moins enclins à acheter,
que dans un magasin non parfumé.
Ainsi,
il ne suffit pas de parfumer un magasin avec une odeur agréable
pour améliorer l'humeur des clients et augmenter les ventes.
En
revanche, il est essentiel d'éviter toute odeur désagréable
: en présence d'une odeur désagréable, les
clients étaient de moins bonne humeur, donc achetaient
moins ; si on leur demandait d'évaluer des produits, ceux-ci
étaient jugés moins favorablement qu'en l'absence
d'odeur.
Enfin,
une dernière série d'études a travaillé
sur la notion de congruence ; les odeurs doivent être cohérentes
par rapport aux produits vendus. Des consommateurs devant choisir
des chocolats sur des catalogues en choisissaient davantage et
restaient plus longtemps s'ils étaient placés dans
une odeur de chocolat que si la salle était parfumée
avec une odeur de fleur.
Aurélie
DUCLOS a indiqué que la société Moodmédia
était leader de la musique d'ambiance dans les magasins,
et étendait ses outils de communication sur le point de
vente à des images et à des senteurs, afin de mettre
en uvre une approche sensorielle globale et cohérente.
En effet, si un magasin a construit un univers sensoriel agréable,
permettant une harmonie des sens, les consommateurs s'y sentiront
bien et achèteront plus.
Des
univers sensoriels différents peuvent être créés
au sein d'un même point de vente : la musique, les images
et les odeurs peuvent être sectorisées en fonction
des thématiques que le magasin souhaite mettre en valeur.
Dans
tous les cas, il est indispensable que le magasin ne sente pas
mauvais : c'est le premier critère des consommateurs. Les
responsables de magasins doivent donc faire en sorte de supprimer
toute odeur désagréable avant d'envisager de parfumer
leur point de vente, sans quoi les consommateurs se sentiront
agressés et le résultat sera désastreux.
Par
ailleurs, il n'est pas envisageable d'utiliser les odeurs pour
tromper les consommateurs : les stratégies mises en uvre
par les responsables de magasins relèvent du long terme.
D'une manière générale, le marketing sensoriel
s'appuie avant tout sur les qualités des produits et vise
à les mettre en valeur. Ainsi, dans le domaine des produits
alimentaires, la société Moodmédia peut créer
des ambiances olfactives, mais il n'est pas question de vaporiser
des odeurs de fruits, ou de poisson frais, pour tromper les clients
sur la qualité des produits proposés.
Nicole
RONDEL a expliqué qu'elle était responsable de l'image
et de la disposition des magasins Yves Rocher. En
premier lieu, l'univers sensoriel d'un magasin doit être
cohérent par rapport à l'identité de la marque
et des produits vendus. Dans le cas d'Yves Rocher, les magasins
doivent donc suggérer les notions de naturalité
et de féminité ; par exemple, des sculptures de
verre expriment la naturalité.
D'une manière générale, la perception visuelle
est essentielle : la vitrine et le design du magasin sont donc
particulièrement étudiés. A l'intérieur
des magasins, des espaces sont dédiés aux différents
types de produits ; par exemple, la décoration est plus
raffinée dans l'espace consacré aux parfums. Les
magasins comportent également un institut de beauté
; ce lieu doit être rassurant, chaleureux et favoriser le
bien-être et la relaxation, à travers les décors,
les couleurs, les textures et la musique.
La
dimension sonore est importante. La bande son est conçue
spécifiquement pour la marque, avec un choix musical adapté
et des messages promotionnels intégrés. En ce qui
concerne les odeurs, les magasins ne sont pas parfumés,
afin de ne pas masquer les odeurs des produits ou créer
une surenchère. Il a été envisagé
de parfumer l'entrée des magasins pour souhaiter la bienvenue
aux clientes. Les tests mis en uvre révèlent
que le fonctionnement des appareils doit être simple ; de
plus, l'intensité de l'odeur diffusée doit être
réglable, afin que les équipes de vente ne soient
pas agressées par une odeur trop forte.
En conclusion, l'univers sensoriel développé dans
les magasins doit être agréable, cohérent,
relativement discret et conforme à l'identité de
la marque, afin d'attirer les consommateurs et surtout de leur
donner envie de revenir.
Dominique
POITREAU a ajouté que l'univers sensoriel créé
devait être réaliste et compatible avec le fonctionnement
quotidien d'un point de vente. Par exemple, les produits ne doivent
pas tomber dès que les clients y touchent. D'une manière
générale, le marketing sensoriel ne doit pas nuire
à l'efficacité et à la fonctionnalité
des points de vente.
Aurélie
DUCLOS a indiqué que la prise en compte des équipes
de vendeurs présents sur le terrain était également
essentielle. En effet, les ventes seront globalement meilleures
si les vendeurs travaillent dans une atmosphère sensorielle
agréable. Ainsi, les senteurs diffusées doivent
être assez discrètes et les programmes musicaux doivent
être suffisamment longs.
Un
participant a estimé qu'il existait un décalage
entre le marketing sensoriel des produits et le marketing sensoriel
mis en uvre sur les points de vente. Par exemple, dans le
cas de Décathlon ou de Renault, l'ambiance sensorielle
recherchée pour le produit ne se retrouve pas du tout sur
les points de vente. Par ailleurs, la question du marketing musical
a été très peu développée.
Or un son désagréable ou un tempo inadapté
peuvent faire fuir la clientèle.
Une tentative de prospective : des pistes à explorer pour
le marketing sensoriel des points de vente
Sophie RIEUNIER, Maître de Conférences à l'Université
de Rennes 1
Le
marketing sensoriel se développe très fortement
depuis les années 1990. Il semblerait que cela ne soit
pas un simple effet de mode : en effet, il est mis en uvre
depuis très longtemps de manière intuitive. De plus,
des études de psychologie environnementale ont montré
que les individus interagissent avec leur environnement ; le marketing
sensoriel dispose donc d'une solide base théorique.
Les
pistes de recherche restant à explorer sont nombreuses.
Il existe très peu de recherches sur l'impact du toucher
; pourtant, les consommateurs touchent systématiquement
les produits. Il serait également souhaitable de mener
des recherches sur les aspects thermiques, qui ont une influence
décisive. Les réactions affectives et physiologiques
des consommateurs à des univers sensoriels devraient aussi
être étudiées.
Par
ailleurs, il serait intéressant d'étudier l'influence
de l'âge et d'autres variables individuelles, comme le sexe,
le niveau d'études et la personnalité, sur les réactions
à des stimuli sensoriels. Enfin, il serait opportun de
travailler sur les réactions des employés, un univers
sensoriel agréable augmentant vraisemblablement leur motivation
au travail.
En
ce qui concerne les points de vente, il est essentiel d'éliminer
tous les stimuli négatifs, comme les mauvaises odeurs,
les lumières agressives, etc. Tous les sens doivent être
utilisés.
S'agissant de la vue, il serait souhaitable d'étudier davantage
les lumières, en utilisant la lumière naturelle
pour mettre en valeur les produits, mais aussi en instaurant des
lumières valorisantes dans les cabines d'essayage, intimistes
dans les restaurants, etc.
Le
marketing sonore peut avoir des applications très diverses
: il est possible d'utiliser le son pour diffuser des messages
ou attirer l'attention du consommateur, de créer différents
univers sonores à l'intérieur d'un même point
de vente, ou encore d'utiliser une voix pour personnaliser une
enseigne.
Concernant le toucher, il serait pertinent d'utiliser des matières
plaisantes pour les caddies, les rideaux des cabines d'essayage,
etc. Les consommateurs doivent également pouvoir s'asseoir
dans les points de vente ; si un magasin a installé un
espace de repos avec des sièges moelleux et agréables,
les clients auront envie d'y revenir.
L'utilisation
des odeurs et du goût doit également être développée
: les magasins peuvent développer une identité olfactive,
mais aussi mettre en place des dégustations ou des espaces
conviviaux de restauration.
En
conclusion, l'offre ne peut pas être véritablement
personnalisée, les individus étant tous différents
; en revanche, la mise en uvre d'un univers sensoriel fort
et original est susceptible d'attirer les consommateurs.
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